La financiarisation désigne l’essor du rôle de la finance dans l’économie réelle, avec une montée en puissance des marchés financiers dans le financement des entreprises, la gestion des risques et la création de valeur. Si ce phénomène s’est amorcé dans les années 1970, ce sont les années 1980 et 1990 qui ont marqué un tournant décisif. Dans un contexte de dérégulation et de mondialisation, les innovations financières se multiplient. Les flux de capitaux s’accélèrent. Et de nouveaux métiers voient le jour, notamment en salle des marchés. Comprendre cette période est essentiel pour quiconque souhaite intégrer la finance de marché aujourd’hui : beaucoup des produits, outils et métiers qui dominent encore le secteur trouvent leurs racines dans ces décennies. Réformes économiques et dérégulation Deux figures politiques dominent la période : Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni. Leur politique repose sur la libéralisation des marchés, les privatisations et la réduction des contraintes réglementaires. En 1986, Londres vit son fameux « Big Bang » financier : suppression des commissions fixes, informatisation massive des échanges et ouverture accrue aux investisseurs étrangers. En France, la modernisation s’accélère avec la création du MATIF (Marché à Terme International de France) en 1986 et du MONEP (Marché des Options Négociables de Paris) en 1987. Mondialisation et flux financiers Les capitaux circulent désormais librement entre les grandes places financières : New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort… Cette ouverture mondiale, favorisée par la dérégulation et les avancées technologiques, a transformé la finance en un marché véritablement intégré. Les investisseurs peuvent déplacer instantanément leurs fonds d’un continent à l’autre à la recherche des meilleures opportunités, qu’il s’agisse d’actions, d’obligations ou de produits dérivés. Cette fluidité renforce la concurrence entre les places financières, oblige les institutions à proposer des services toujours plus performants et stimule l’innovation, qu’il s’agisse de nouveaux produits, de stratégies d’investissement sophistiquées ou d’outils technologiques plus rapides et plus fiables. Les innovations financières majeures Les années 1980-1990 sont marquées par une véritable effervescence en matière d’innovations financières. Portées par la dérégulation, l’ouverture internationale des marchés et les avancées technologiques, les institutions financières ont imaginé de nouveaux produits et instruments permettant de mieux gérer les risques, d’optimiser les rendements et d’exploiter des opportunités inédites. Ces innovations n’ont pas seulement transformé la manière dont on investit ou se finance : elles ont également façonné la structure même des marchés et donné naissance à de nouveaux métiers, aujourd’hui incontournables en finance de marché. Produits dérivés (options, futures, swaps) : Ces instruments permettent de couvrir des risques (taux, change, matières premières) mais aussi de spéculer. Leur usage explose, créant de nouveaux métiers spécialisés Titrisation : Des actifs illiquides (prêts immobiliers, prêts à la consommation) sont transformés en titres négociables. C’est l’ancêtre des CDO qui joueront un rôle central dans la crise des subprimes Informatique et trading électronique : La criée laisse progressivement place au trading assisté par ordinateur. Les premiers algorithmes apparaissent, modifiant radicalement la vitesse et le volume des transactions Gestion alternative : Les hedge funds connaissent un essor fulgurant, développant des stratégies innovantes et sophistiquées Les nouveaux métiers apparus ou transformés La financiarisation fait naître ou redéfinit des professions clés : Trader produits dérivés : Il exécute et prend position sur les marchés dérivés pour couvrir ou spéculer Sales spécialisés : Ils vendent des produits dérivés, structurés ou exotiques aux clients institutionnels Structurer : Il conçoit des produits financiers sur mesure pour répondre aux besoins spécifiques des clients Quant (quantitative analyst) : Il développe des modèles mathématiques pour valoriser produits et risques Risk Manager nouvelle génération : Il gère les risques complexes de marché grâce à des outils comme la Value-at-Risk (VaR) Asset Manager international : Il investit à l’échelle mondiale en combinant plusieurs classes d’actifs Impact durable sur la finance actuelle Les innovations des années 80/90 structurent encore la finance moderne. D’abord, le marché des dérivés pèse aujourd’hui des centaines de milliers de milliards de dollars notionnels. Ensuite, les produits structurés, la gestion quantitative et le trading électronique sont devenus incontournables. Enfin, la culture de la performance, de l’innovation et de l’adaptation rapide reste l’héritage direct de cette époque. Les critiques et controverses Si la financiarisation a dynamisé l’économie mondiale, elle a aussi suscité des critiques : Accentuation de la spéculation à court terme : Dans les années 1980, l’essor du trading à haute fréquence de l’époque (bien avant l’automatisation moderne) et des produits dérivés standardisés sur les marchés organisés a favorisé les stratégies court-termistes. Par exemple, l’introduction des contrats à terme sur indices boursiers au Chicago Mercantile Exchange en 1982 a permis à des investisseurs de spéculer massivement sur les fluctuations quotidiennes du S&P 500, accentuant la volatilité des marchés Décorrélation entre finance et économie réelle : L’essor des produits dérivés de crédit dans les années 1990 (comme les Credit Default Swaps) a permis aux investisseurs de prendre des positions massives sur la solvabilité d’entreprises… sans détenir leurs obligations ni financer leur activité. Résultat : on pouvait gagner (ou perdre) beaucoup d’argent en spéculant sur la santé financière d’une entreprise sans jamais contribuer à son financement réel Complexification excessive des produits financiers, pouvant masquer les risques réels : Les produits structurés exotiques développés à la fin des années 1990 mélangeaient options, obligations et dérivés multiples, avec des schémas de rendement complexes difficiles à comprendre même pour certains investisseurs institutionnels. Par exemple, certains Collateralized Debt Obligations (CDO) intégraient des milliers de prêts hypothécaires titrisés, rendant presque impossible l’évaluation réelle du risque par les acheteurs. Cela a encouragé des pratiques de prêt risquées (subprimes), puisque le risque était transféré hors du bilan. Cette dynamique a posé les bases de la crise financière de 2007-2008, où l’effondrement du marché immobilier américain a provoqué un choc systémique mondial Pourquoi comprendre cette période est essentiel pour votre carrière Pour réussir en finance de marché, il ne suffit pas de maîtriser les outils actuels : il faut comprendre pourquoi et comment ils ont été créés. Les recruteurs en salles de marchés apprécient les candidats capables de relier innovations passées et pratiques actuelles. Connaître l’histoire permet de mieux anticiper l’évolution future des marchés. Les métiers nés dans les années 80/90 restent parmi les plus prestigieux et les mieux rémunérés de la finance. Pour les intégrer, il faut une maîtrise technique des produits financiers, une compréhension fine des marchés, une capacité à résoudre rapidement des problèmes complexes et une aisance à travailler sous pression. 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Par Yong Jie Guan
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