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Qu’est-ce que le restructuring en Corporate Finance ?

Par Guillaume Pommier

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6 min de lecture

C’était d’abord un pionnier de la grande distribution. C’était ensuite la fierté de tout une région. C’était aussi l’un des acteurs les plus influents de son secteur. C’était enfin le bastion de Jean-Charles Naouri, ancien banquier d’affaires influent de Rothschild & Co dans les années 1980. Pourtant, Casino s’est retrouvé dernièrement au bord de la faillite après des années d’acquisitions financées par l’endettement et des pertes grandissantes au profit de ses concurrents. Le groupe fait aujourd’hui l’objet d’une procédure de sauvegarde ! Dans ce cadre, un accord prévoit la restructuration de sa dette et une prise de contrôle par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le français Marc Ladreit de Lacharrière et le fond britannique Attestor. Ce cas pratique est un exemple de « restructuring ». Vous en avez nécessairement entendu parler. Mais vous n’êtes certainement pas très au clair sur ce que recouvre précisément le terme.

Dans cet article, on va d’abord définir le restructuring, puis mentionner ses principales causes et enfin parler des différentes procédures mises en place dans le cadre d’une restructuration.

Quand parle t-on de « restructuring » ?

Les restructurations concernent des entreprises qui sont en difficultés mais dont les parties prenantes pensent qu’elles sont viables sous certaines conditions. Ces conditions nécessitent souvent des changements stratégiques (on peut d’ailleurs faire appel à des cabinets de Conseil en stratégie pour revoir cette stratégie), managériales (on peut changer l’équipe dirigeante) ou opérationnels (on modifie le mode de production, les canaux de distributions, la gestion des stocks, etc.).

La notion de « restructuring » est souvent associée à celle de faillite (au sens commun du terme et pas juridique). La faillite implique deux situations proches mais différentes :

  • Le défaut de paiement. L’entreprise ne respecte pas un engagement financier. Cet engagement peut être une échéance de dette (financière ou opérationnelle) ou des intérêts financiers. Le défaut de paiement peut d’ailleurs entrainer l’exigibilité de la dette de manière anticipée
  • La cessation de paiement. L’entreprise ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible. En France, c’est précisément cette situation qui entraine l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire et de liquidation judiciaire. Pratiquement, quand le dirigeant déclare la cessation de paiement devant le tribunal de commerce, on parle de « dépôt de bilan »

Dans les deux cas, l’entreprise fait face à une crise d’illiquidité.

Les principales causes de la faillite en restructuring

Les origines de la faillite sont multiples. On peut les regrouper en deux catégories :

  • Les causes opérationnelles qui sont liées à une mauvaise stratégie mise en place par les dirigeants ou des conditions de marché défavorables. Les conséquences sont des ventes insuffisantes (baisse du chiffre d’affaires), une profitabilité dégradée (diminution de la marge d’EBITDA), une compétitivité faible (une rentabilité plus faible que les concurrents)
  • Les causes financières qui proviennent d’un endettement mal maîtrisé ou des capitaux propres insuffisants

Certaines défaillances sont parfois totalement indépendantes de la gestion de l’entreprise, par exemple en cas de catastrophe naturelle (ex : séisme au Maroc en 2023), de crise environnementale ou sociale (ex : crise politique au Niger en 2023) ou encore de faits géopolitiques (ex : guerre en Ukraine en 2022).

C’est donc important d’anticiper ces risques. C’est pour cela que les banquiers commerciaux (Analyse Crédit, Leveraged & Acquisition Financed, etc.) font une analyse financière rigoureuse avant d’accorder un crédit à l’entreprise. Pour cela, ils peuvent utiliser plusieurs outils. Premièrement, les agences de rating évaluent la probabilité qu’a l’entreprise de faire défaut à plus ou moins long terme. Deuxièmement, la méthode du credit scoring permet de diagnostiquer de manière préventive les difficultés d’une entreprise. Troisièmement, de manière moins préventive quand même, le commissaire aux comptes (les auditeurs qui certifient les comptes de l’entreprise chaque année) peuvent alerter sur un risque de faillite.

Les opérations de restructuring

Les difficultés financières de l’entreprise contraignent les dirigeants à mettre en place certaines opérations de restructurations (ou restructuring). Certaines sont préventives (avant la cessation de paiement). D’autres sont correctives (après la cessation de paiement).

Les procédures préventives

Le mandat ad hoc

D’abord, le mandat ad hoc permet à l’entreprise de rectifier le tir rapidement avant de se retrouver en cessation de paiement. Dès l’apparition des premières difficultés financières, le dirigeant tente une négociation privée avec ses partenaires. A ce stade, la démarche est confidentielle. L’objectif est d’obtenir une « restructuration informelle » de la dette. Comment ? Plusieurs options sont possible : baisse des taux, allongement de la durée de remboursement, réduction des montants dus, etc. Dans certains cas, des titres hybrides peuvent aussi être proposés aux créanciers. Dans ce cadre, le tribunal de commerce peut désigner un mandataire ad hoc (cela n’est pas obligatoire) pour aider le dirigeant dans ses négociations avec les créanciers. C’est à lui que revient alors la mission de convaincre les parties prenantes que la valeur de l’entreprise est plus grande avec une restructuration de la dette une et réorganisation opérationnelle que dans le cas d’une liquidation !

La conciliation

Ensuite, la procédure de conciliation (appelée aussi règlement amiable) est envisageable pour les entreprises en cessation de paiement depuis moins de 45 jours ou anticipant des difficultés. Le président du tribunal de commerce désigne un conciliateur qui doit négocier un accord amiable entre l’entreprise et ses créanciers. La procédure ne doit pas durer plus de 4 mois avec prorogation possible de 1 mois.

La procédure de sauvegarde

Enfin, la procédure de sauvegarde est une procédure collective à l’initiative de l’entreprise justifiant des difficultés financières qu’elle n’est pas en mesure de surmonter et susceptibles de conduire à la cessation de paiement. Le tribunal de commerce ouvre la procédure. En pratique, il nomme un administrateur judiciaire et un représentant des créanciers. Le dirigeant continue à gérer l’entreprise et peut se faire assister par l’administrateur judiciaire. Selon certaines conditions, cette procédure aboutit à la poursuite de l’activité grâce à la mise en place d’un plan de sauvegarde. Le plan vise clairement à restructurer certaines activités (réorganisation, cessions, etc.). Sa durée ne peut excéder 10 ans (c’est déjà allez long). On parle parfois de plan de sauvegarde accéléré quand le plan a déjà été discuté et accepté avec les créanciers. La procédure de sauvegarde s’inspire de la pratique américaine sur les faillites (appelée aussi « Chapter 11 »).

Les procédures correctives

En cas d’échec de ces mécanismes, les entreprises envisagent des procédures de redressement judicaire et de liquidation judiciaire.

Le redressement judiciaire est un plan arrêté par une décision de justice qui doit permettre à l’entreprise de poursuivre son activité et restructurer son passif (rendre la dette supportable). À défaut de redressement envisageable, le tribunal prononce l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire. Celle-ci implique l’arrêt de l’activité, le licenciement des salariés, la résiliation des contrats et l’abandon des créances. C’est la faillite ! Dans ce cas précis, on désigne un juge-commissaire et un mandateur liquidateur pour organiser la procédure. Concrètement, certains actifs peuvent être vendus « à la casse ». Cela se fait généralement par le biais d’une mise aux enchères ou de manière bilatérale avec un repreneur. Les créanciers seront payés sur le produit de la vente selon un ordre bien défini : d’abord les créances salariales (protection des salariés), ensuite l’Etat et les administrations publiques, puis les créanciers senior, après les créanciers subordonnés et enfin les actionnaires.

Exemples d’opérations de restructuring en France

Pour finir, on peut donner quelques exemples de grandes et belles entreprises françaises qui ont connu des difficultés financières et ont eu recours à la procédure de sauvegarde ou à d’autres formes de procédures de redressement judiciaire. L’issue a été variable.

  • Alcatel-Lucent : L’entreprise de télécommunications a connu des difficultés financières. Elle fait l’objet d’une procédure de sauvegarde en 2006. Puis elle fusionne avec Nokia en 2016
  • Technicolor : L’entreprise, spécialisée dans la technologie du cinéma et du divertissement, fait l’objet d’une procédure de sauvegarde en 2010
  • Mory Ducros : L’entreprise de transport et de logistique fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire en 2013
  • Vivarte : Le groupe Vivarte, propriétaire de nombreuses marques de prêt-à-porter (La Halle, André, Naf Naf, etc.), a engagé des procédures de sauvegarde en 2014 pour restructurer sa dette
  • La Redoute : Cette entreprise de vente par correspondance et de commerce électronique a été sous procédure de sauvegarde en 2014 dans le cadre de la restructuration de ses activités
  • CGG : L’entreprise spécialisée dans les services géophysiques pour l’industrie pétrolière et gazière a été sous procédure de sauvegarde en 2017 pour faire face à des problèmes financiers

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Qu’est-ce que le Private Equity ?

Le Private Equity est un domaine qui attire de nombreux étudiants. Aujourd’hui, il fait partie des métiers les plus « populaires » dans l’écosystème de la Corporate Finance, avec évidemment le M&A ou encore les métiers de la dette.  Dans cet article, nous allons d’abord définir le Private Equity, puis parcourir la diversité des fonds qui font du Private Equity et enfin expliquer ses principales différences avec le M&A. C’est quoi le Private Equity concrètement ?  L’activité de Private Equity (parfois nommée avec la simple abréviation « PE » ou « capital-investissement » en français) consiste pour un fonds d’investissement à acquérir des participations au capital (« Equity ») d’entreprises généralement non cotées (« Private »). Parfois, les fonds investissent dans des véhicules gérés par d’autres fonds (fonds de fonds). Dans le premier cas, on parle d’investissement « direct ». Dans le second cas, on parle d’investissement « indirect ». Car l’argent investi dans le véhicule sera ensuite réinvesti au capital des entreprises. A chaque fois, l’objectif principal du fonds d’investissement est de revendre ces participations en réalisant la plus-value la plus élevée possible. En pratique, le Private Equity regroupe 4 grandes étapes : 1) La levée de fonds Le fonds d’investissement récolte le plus d’argent possible auprès de divers investisseurs pour constituer un véhicule. Il sera ensuite son « bras armé » pour investir. Les investisseurs qui participent à cette récolte sont connus sous le nom de « LPs » (Limited Partners). Le fonds qui va ensuite investir cet argent est appelé « GP » (General Partner). 2) L'acquisition Le fonds d’investissement utilise l’argent levé pour investir dans des entreprises (investissements directs) ou fonds (investissements indirects). Selon sa stratégie d’investissement définie en amont, le fonds investira en tant qu’actionnaire minoritaire ou majoritaire. Seul ou avec d’autres fonds d’investissement (co-investissement). Dans certains secteurs (ex : santé, assurance, TMT). Et dans des entreprises spécifiques (startup, PME/TPE, ETI, Business Model B2C ou B2B, etc.). 3) La gestion Le fonds d’investissement gère l’entreprise qui devient membre de son portefeuille. Pendant plusieurs années, l’objectif est de faciliter la croissance de l’entreprise (augmentation des revenus par croissance organique ou externe) et de renforcer sa profitabilité (augmentation de la marge d’EBITDA). Pendant cette période, les bénéfices réalisés par la cible servent aussi à rembourser la dette souscrite par le fonds au moment de l’acquisition. 4) La cession Le fonds d’investissement cède sa participation après quelques années (généralement entre 5 et 7 ans) au sein de son portefeuille. Cette vente (si elle se passe bien) permet non seulement de rendre l’argent aux LPs mais aussi de générer des bénéfices (additionnels) pour le fonds. Le Private Equity est un secteur diversifié Il existe de très nombreux fonds d’investissement. Retrouvez d'ailleurs les plus connus dans nos fiches sur les fonds de Private Equity en France. Et leur catégorisation peut prendre différentes formes. On peut distinguer par exemple : Le secteur Il existe des fonds : Généralistes. Ils investissent dans tous les secteurs (ex : PAI Partners, Bridgepoint, Advent) Thématiques (ou sectorisés). Ils investissent principalement dans un ou quelques secteurs (ex : BlackFin Capital Partners en FIG, Tikehau Ace dans la sécurité et la défense, Antin Infrastructure Partners dans l’infrastructure) Le segment On distingue les fonds : Small et Mid Cap. Ils investissent en général dans des entreprises de petite ou moyenne taille (ex : Omnes Capital, Abenex, Capza) Large Cap. Ils investissent aussi dans des grandes entreprises (ex : Advent, Astorg, Cinven, KKR) Petite précision : Les fonds qui investissent dans les startups sont appelés des fonds de Venture Capital (ils interviennent à un stade plus précoce, avec plus de risques). Le type d'investissement Certains fonds investissent seuls. D'autres incluent une équipe de co-investissement (ex : Ardian). Ils investissent uniquement avec d’autres fonds. C’est le cas de Bpifrance. En effet, elle suit aussi un objectif d’intérêt général en facilitant la croissance du tissu économique français. Donc elle intervient toujours en « co-lead » ou aux côtés d’un « lead » Des fonds ne font que des investissements directs. Et des fonds qui intègrent aussi une équipe dédiée aux fonds de fonds (ex : Ardian, encore une fois). En savoir plus sur Ardian ? Vous pouvez retrouver dans notre blog l’article Ardian : un acteur clé du Private Equity en co-investissement  Que choisir entre le M&A et le Private Equity ? Vous êtes indécis entre débuter votre carrière dans le M&A ou en Private Equity ? Voici quelques différences entre les deux métiers : Le Private Equity : un métier différent Le banquier M&A exerce dans une banque d’affaires ou une boutique M&A. Il conseille l’acheteur (mandat « buy-side ») ou le vendeur (mandat « sell-side ») dans le cadre d’une transaction. C’est donc un tiers à l’opération, qui exerce un rôle d’intermédiaire. Le fonds de Private Equity est un investisseur. Il achète et vend des entreprises. C’est donc un acteur de la transaction, soit l’acheteur, soit le vendeur. Les fonds d’investissement mandatent d’ailleurs régulièrement une banque d’affaires pour les conseiller sur ces opérations Un travail différent en Private Equity Les compétences requises sont assez similaires, mais les missions de l’analyste M&A et du chargé d’affaires en Private Equity sont différentes. Quelques exemples : L’analyste M&A produit un pitch pour convaincre le client de lui confier un mandat. Mais le junior en Private Equity travaille sur un memo pour convaincre son comité de direction d’investir au capital d’une entreprise L’analyste M&A organise les interactions entre les différentes parties prenantes sur un deal (vendeur, acheteurs potentiels, conseils). Mais le junior en Private Equity participe aux travaux de due diligence sur la cible pour déterminer si le fonds a un intérêt à investir L’analyste M&A valorise une cible avec l’appui du Business Plan transmis par le management. Mais le junior en Private Equity challenge ce Business Plan pour déterminer le « bon prix » de l’investissement  L’analyste M&A n’intervient plus après l’acquisition. Mais le junior en Private Equity suit l’évolution des principaux agrégats (opérationnels et financiers) de l’entreprise dans la perspective de sa revente Une rémunération différente en Private Equity En M&A comme en Private Equity, la rémunération des juniors est généralement assez avantageuse. Si la part fixe de la rémunération est assez similaire, la part variable dépend d’un critère distinct. Le bonus du banquier M&A dépend généralement de sa performance et de celle de la banque (ex : le dealflow sur l’année). Celui de l’Investment Manager dépend plus étroitement de la performance du fonds  (qui dépend aussi de la sienne bien évidemment). En effet, les équipes reçoivent une partie de la plus-value réalisée lors de la revente des participations à partir d’un certain seuil. C’est le « carried interest ». Il est lié à la surperformance du fonds. Enfin, on peut aussi mentionner d’autres critères qui jouent en général en faveur du Private Equity. Parmi ceux-ci, on peut citer :  L’impact sur l’économie réel. Le fonds est un investisseur donc a un impact plus grand Le work life balance. Le fonds peut staffer le conseil M&A sur certaines tâches fastidieuses, alors que la banque n’a personne à qui déléguer ! Vous voulez travailler en Private Equity ? Les process de recrutement sont compétitifs pour les fonds d’investissement. Training You est la 1ère plateforme de préparation en ligne aux entretiens en Corporate Finance. Avec nos Packs, vous aurez accès aux vidéos sur les concepts techniques à maîtriser, des exercices et cas pratiques d’entraînement, des fiches sur les entreprises (dont 30 fonds de Private Equity), des podcasts exclusifs avec des professionnels. 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Par Samir Jacquelin

6 min de lecture

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Qu’est-ce que le Venture Capital ?

Le Venture Capital (Capital Risque en français) peut être défini comme la branche du Private Equity dédiée aux startups. D’abord, les fondamentaux sont les mêmes : investir au capital d’entreprises non cotées. Ensuite, la différence réside dans les cibles ou le stade de maturité auquel intervient l’investissement. Alors que les fonds de Private Equity investissent au capital d’entreprises matures, les fonds de Venture Capital prennent des participations au capital des startups, qu’elles soient en phase de création ou au début de leur développement. En effet, ces startups ont souvent besoin de capitaux importants pour financer le démarrage de leur activité ou de leur prochaine phase de croissance. Et comme elles ne sont pas encore rentables, le profil de risque est trop élevé pour du financement bancaire. Le moyen restant, c’est l’Equity, et les fonds de VC ! Dans cet article, nous allons d’abord parcourir les différentes phases qui entrent dans le périmètre du Venture Capital, puis parler des critères de sélection des startups pour les fonds de Venture Capital et enfin donner quelques conseils pour décrocher un stage dans ce domaine.  Les différentes étapes en Venture Capital Une startup a généralement besoin de ressources financières pour démarrer ou accélérer son développement. Or, comme elle n’est pas rentable (son EBITDA est négatif), elle fait appel à des fonds de Venture Capital qui vont lui donner accès à du financement en échange d’une prise de participation au capital. Pour les fondateurs, l’inconvénient est la dilution ! Mais l’avantage est la possibilité de faire grandir l’entreprise plus vite. En pratique, le Venture Capital regroupe 3 grandes étapes (ou différents tours de table) qui correspondent aux niveaux de maturité des sociétés. L’amorçage La phase d’amorçage (ou « Seed Funding » en anglais) est le premier moment où la startup recherche de fonds. Quand ? La startup en est encore à ses débuts (conception du produit, recherche des premiers clients, etc.) A quoi servent les fonds levés ? L'objectif principal est de valider l’idée. Les fondateurs finalisent la définition du concept, construisent un prototype ou encore réalisent des études de marché Qui peuvent financer ? Les investisseurs en amorçage sont souvent des Business Angels ou des amis et des membres de la famille (Friends & Family) La Série A La première levée de fonds « post amorçage » s'appelle la Série A. Quand ? La startup a atteint des jalons significatifs et prouvé son potentiel de croissance. Par exemple, elle peut démontrer un « product market fit » : le marché existe (besoin) et son produit permet d’y répondre de manière pertinente (solution) A quoi servent les fonds levés ? Les fonds de la Série A sont généralement utilisés pour accélérer la croissance. Cela passe par le développement des équipes (recrutement) et l’amélioration des opérations (process) Qui peuvent financer ? Les investisseurs à ce stade sont des fonds de Venture Capital dont la thèse d’investissement correspond à l’entreprise (maturité, secteur, Business Model, etc.) La Série B La deuxième levée de fonds « post amorçage » s'appelle la Série B. Elle vient après la « A ». Quand ? La startup a déjà une base de clients solide et des revenus en forte croissance A quoi servent les fonds levés ? Les fonds de la Série B sont généralement utilisés pour accélérer encore plus la croissance. Cela passe par un élargissement du marché : investir massivement dans le marketing, développer de nouveaux produits ou services ou conquérir de nouveaux marchés à l’international Qui peuvent financer ? Les investisseurs à ce stade sont des fonds de Venture Capital dont la thèse d’investissement correspond à l’entreprise (maturité, secteur, Business Model, etc.) La Série C (et au-delà) La troisième levée de fonds « post amorçage » s'appelle la Série C. Elle vient après la « B ». Quand ? La startup a déjà atteint une maturité significative. Maintenant, c’est même une « scale-up » A quoi servent les fonds levés ? Les fonds levés lors de ces tours sont souvent utilisés pour la croissance internationale, l'acquisition d'autres entreprises ou la préparation de l'entreprise à une éventuelle introduction en bourse (IPO) Qui peuvent financer ? Les investisseurs à ce stade sont des fonds de Venture Capital dont la thèse d’investissement correspond à l’entreprise (maturité, secteur, Business Model, etc.) A chaque tour, il ne faut pas oublier que les investisseurs s'attendent à réaliser un retour sur leur investissement. C’est le fameux TRI qui doit être le plus élevé possible ! Cela peut se faire par un nouveau tour de table (à l’occasion duquel un fonds qui a investi historiquement peut sortir), lors d'une introduction en bourse (IPO), d'une acquisition par une entreprise plus grande ou d'autres mécanismes de liquidation. De plus, chaque tour de table comporte des attentes et des exigences différentes en matière de rendement, de gouvernance d'entreprise et de dilution des fondateurs. La difficile « loi du Venture Capital » Pour plusieurs centaines de demandes de financement, un fonds de Venture Capital va investir dans seulement quelques cibles chaque année. Comment sélectionne t-il les cibles ? La thèse d'investissement du fonds de Venture Capital D’abord, l’entreprise doit correspondre à la thèse d'investissement du fonds. En effet, chaque fonds a une thèse d'investissement spécifique basée sur son domaine d'expertise, sa stratégie et ses priorités sectorielles. Une startup doit correspondre à cette thèse pour susciter l'intérêt du fonds. Les exigences du Venture Capital Ensuite, l’entreprise doit répondre à certaines exigences liées à un investissement en Equity. En général, les critères suivants sont déterminants : Une équipe de direction solide Les investisseurs attachent une grande importance à l'équipe fondatrice. Ils cherchent des fondateurs compétents, passionnés, avec une expérience pertinente dans l'industrie. La crédibilité et la capacité de l'équipe à exécuter la vision de l'entreprise sont cruciales Un marché adressable significatif Les investisseurs veulent voir que la startup cible un marché suffisamment grand et en croissance. A l’inverse, un marché de niche peut être limité en termes de potentiel de croissance, ce qui peut décourager les investisseurs. En effet, les investisseurs rechercheront un moyen de réaliser un retour sur investissement. Ils évaluent donc si l'entreprise a le potentiel de grandir puis d'être acquise par une entreprise plus grande ou de faire une IPO Un produit ou une technologie différencié Les fonds de Venture Capital recherchent des startups ayant des produits, des technologies ou des solutions uniques et différenciés. Il doit y avoir un avantage compétitif évident ! Une preuve de concept ou traction Les investisseurs veulent voir des preuves que le produit ou le service de la startup répond à un besoin du marché. Cela peut inclure des utilisateurs, des revenus, des contrats signés ou d'autres indicateurs de traction Un Business Model viable Les investisseurs s'intéressent à la manière dont l'entreprise générera des revenus et comment elle envisage de devenir rentable à l'avenir Une stratégie de croissance claire Les fonds veulent comprendre comment l'entreprise envisage de se développer, d'acquérir des clients et de conquérir le marché. Les fondateurs doivent aussi être transparents quant aux risques et aux défis potentiels auxquels l'entreprise est confrontée, et ils doivent avoir une stratégie pour les atténuer Enfin, l’entreprise doit revendiquer une valorisation réaliste et justifiable. Si la valorisation est trop élevée, cela va décourager les investisseurs. Au contraire, une valorisation trop faible peut soulever des questions sur la qualité de l'entreprise. Décrocher un stage en Venture Capital Les entretiens en Venture Capital sont assez spécifiques. Comment bien les réussir ? Premièrement, vous devez préparer la partie fit de l’entretien. Pour cela, renseignez-vous bien sur le métier et le fonds dans lequel vous postulez. Par exemple, vous devez comprendre la thèse d’investissement (secteur, segment, Business Model, etc.) du fonds et ses différences par rapport aux autres acteurs de la place. Aussi, vous devez être capable de montrer votre motivation pour le Venture Capital spécifiquement par rapport à d’autres métiers en Corporate Finance comme le M&A ou le Private Equity. Ensuite, vous devez maîtriser les questions techniques de base qui se posent régulièrement lors des entretiens en Corporate Finance. Et aussi plus spécifiquement dans des entretiens en Venture Capital ! Quelques exemples : Comment valoriser une startup? C’est quoi une « cap table » ? Quelle est la différence entre une valorisation « pré-money » et « post-money » ? C’est quoi le modèle d’un fonds de Venture Capital ? Tu peux citer une startup dans laquelle tu aurais investie ? Vous pouvez en retrouver d’autres questions et toutes les réponses dans le cours de Venture Capital sur la plateforme. Enfin, les recruteurs peuvent vous interroger sur un cas concret d’investissement. Par exemple, le fonds peut vous demander d’analyser un marché (et son potentiel de croissance), une entreprise (avec la compréhension de son Business Model) et l’opportunité d’investissement. Cette partie de l’entretien n’est pas systématique. C’est très variable selon les fonds. Mais vous devez vous y préparer aussi ! Vous souhaitez faire un stage en Venture Capital ? Le Venture Capital est à la mode chez les étudiants et jeunes diplômés, à la croisée de trois mondes différents : l’investissement, l’entrepreneuriat et l’entreprise. Mais la concurrence est forte. Pour y arriver, une préparation optimale est nécessaire. Training You est votre solution. 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Par Quentin Demaret

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Qu’est-ce que le Private Debt ?

Le Private Debt est un financement en dette, alternatif aux sources traditionnelles et dans le cadre duquel les entreprises sont financées par des fonds spécialisés qui émettent de la dette non notée et privée. Dans cet article, nous analysons le développement du Private Debt ces dernières années, les principaux produits de dette et les prérequis pour faire un stage dans le domaine. Un développement rapide du Private Debt depuis 2008 Le marché du Private Debt s’est rapidement développé depuis 2008. Et cela pour 3 raisons : Premièrement, la crise des Subprimes (en 2008) puis celle des dettes souveraines dans la zone Euro (à partir de 2011) a entraîné un durcissement de la réglementation bancaire. En effet, les normes Bâle III (proposées en 2010) contraignent les banques dans le recours au crédit. Par conséquent, de nouvelles sources de financements émergent, dont le Private Debt. Deuxièmement, les investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurances, etc.) ont progressivement cherché à diversifier leur portefeuille. Surtout dans un contexte de baisse des taux et donc des rendements associés. Troisièmement, le Private Equity a fortement progressé dans les années 2010. Et avec des niveaux de valorisation élevés. Or, ces opérations nécessitent un financement en dette important. Ainsi, les investisseurs en dette ont été sollicités, dont les nouveaux fonds de Private Debt (Arcmont, Ardian, Capzanine, LGT, Tikehau, etc.). Les différentes classes d’actifs dans le Private Debt Dans un LBO (Leveraged Buy Out), les actionnaires (fonds de Private Equity par exemple) cherchent à maximiser la rentabilité de leurs capitaux propres en ayant recourt au levier financier. C’est-à-dire en finançant une partie du prix d’acquisition de la cible avec de la dette financière. Les fonds de Private Debt font partie de ce pool d’investisseurs qui apportent la dette. Parmi les principales dettes utilisées dans un montage LBO, on en distingue 3 grands types : La dette senior La dette senior est prioritaire car elle est remboursée avant les autres dettes. Elle est divisée en plusieurs tranches (A, B ou C). Elle provient généralement de banques sous la forme d’emprunts bancaires ou obligataires. La rémunération est assurée par des intérêts financiers classiques payés de manière périodique. Son rendement se situe souvent entre de 6% et 8%. Sa maturité varie entre 5 et 8 ans selon les tranches. Lorsque les montants sont élevés, la dette senior est garantie par plusieurs banques (« underwriting ») afin de partager le risque dans le « syndicat bancaire ». La dette unitranche La dette unitranche est assimilée à un produit de dette hybride du fait de sa composition mixte entre une dette senior et une dette junior dans une seule et unique tranche. Sa maturité peut aller jusqu’à 8 ans. Son rendement se situe entre la dette senior classique et la dette junior, entre 8% et 10%. La rémunération provient de 3 sources : intérêts classiques, intérêts PIK* (payment in kind) et potentiellement un Equity Kicker**. La dette junior La dette junior, appelée aussi subordonnée, offre une grande flexibilité à son émetteur dans la remontée des cash flows car elle est remboursée in fine, ce qui laisse le temps à l’entreprise de se développer avec les montants levés. Par ailleurs, elle permet d’avoir un effet de levier beaucoup plus important par rapport à ce que peuvent proposer les banques via les emprunts classiques. Le rendement est assez élevé, entre 10% et 13%. La maturité peut aller jusqu’à 9 ans. La rémunération est assurée par des intérêts classiques, des intérêts PIK ou un Equity Kicker. Par exemple, la dette mezzanine est une dette junior Contrairement à une dette bancaire classique, le Private Debt ne requiert pas de négociation avec de multiples institutions. Sa mise en place est assez rapide. De plus, elle permet de lever plus de dette et à des niveaux de risques différents. Enfin, elle apporte de la flexibilité. Ainsi, elle est une bonne alternative au financement classique. Comment faire un stage en Private Debt ? Un stage en Private Debt est une très bonne entrée dans l’univers du Corporate Finance. Qu’il s’agisse d’un fonds spécialisé, d’un asset manager ou d’un investisseur institutionnel, les connaissances acquises demeurent colossales. Les prérequis en Private Debt D’abord, dans votre dossier de candidature, c’est important de mettre en avant certains prérequis. Par exemple, un intérêt pour la macroéconomie et une bonne compréhension des marchés financiers sont utiles pour comprendre les enjeux du Private Debt. En effet, plusieurs investissements en dette privée sont réalisés à taux variables, ce qui les rend très sensibles aux taux souverains ou monétaires de référence tels que l’EURIBOR ou l’€STER en Europe. D’où la nécessité de comprendre le fonctionnement de l’économie, les sources de financement, la politique monétaire et les différents impacts des évènements du quotidien (politiques, économiques, sociaux, environnementaux). Les concepts techniques à maîtriser pour le Private Debt  Ensuite, pour réussir les entretiens, il est indispensable de maîtriser les différents types de dettes et inévitablement le concept du LBO. De plus, être au courant de l’actualité, notamment sur la politique monétaire en place, est nécessaire. Quelques exemples de questions régulièrement posées dans les entretiens en Private Debt ; Quel est le rôle et la structure des 3 états financiers ? Quels sont les indicateurs auxquels on s’intéresse pour faire l’analyse financière d’une société ? Qu’est-ce qu’une obligation ? Comment calculer son rendement ? Quelles sont les particularités d’un LBO par rapport à une acquisition classique ? Quels sont les grands types de financements en dette auxquels l’entreprise peut recourir ? Quels sont les principaux types de dette ? Quelle dette est la plus risquée ? Quelle dette est la plus rentable ? Les qualités importantes pour faire un stage en Private Debt Enfin, vous devez être rigoureux et organisé. Les missions dans un stage en Private Debt couvrent des tâches très diverses : rencontrer d’autres fonds spécialisés ou investisseurs, faire du reporting, préparer les supports de présentations aux investisseurs, faire de l’analyse financière d’entreprises, etc. D’ailleurs, les fonds de Private Debt financent des actifs très variés : des « Corporate » (financement des entreprises dans tous les secteurs), des actifs « Real Estate » (financement de projets ou biens immobiliers) et des actifs « Infrastructure » (financement de projets d’infrastructure, tels que le déploiement d’un réseau de fibre optique). Par conséquent, le Private Debt couvrent une pluralité d’entreprises et de secteurs. * Les intérêts PIK sont capitalisés chaque année. Exemple : l’entreprise a une dette de 500 à maturité 6 ans. Elle paiera la 6ème année : le remboursement du principal (500) et les intérêts de chacune des 6 années qui ont été capitalisés pendant la période ** Un Equity Kicker est un complément de rémunération sous la forme de BSA (Bons de souscription d’actions), qui permet un accès au capital pour les investisseurs en dette. Ils sont souvent utilisés dans le cadre d’un financement en dette mezzanine Vous souhaitez faire un stage en Private Debt ? C’est un métier passionnant, en plein essor et avec des missions très diversifiées. Surtout, un stage en Private Debt est très valorisé auprès des recruteurs dans d’autres métiers en Corporate Finance, comme le M&A ou le Private Equity. Pour y arriver, vous devez être préparé. Training You est la première plateforme de préparation en ligne aux entretiens en Corporate Finance. Avec nos Packs, vous aurez accès à +60 heures de formation : vidéos sur les concepts techniques à maîtriser (dont ceux utiles en Private Debt), des exercices et cas pratiques d’entraînement, des fiches sur les entreprises, des podcasts exclusifs avec des professionnels. Une plateforme de cours pour un seul et même objectif : décrocher le stage de vos rêves ! Découvrir les cours de la plateforme


Par Thomas Gioe

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