Mise à jour : 31 mars 2026 En M&A, tout commence par une question : combien vaut l'entreprise ? Que ce soit pour conseiller un vendeur sur le prix de cession de sa société, aider un acquéreur à calibrer son offre ou pitcher un mandat auprès d'un client, la valorisation d'une entreprise est au cœur du quotidien du banquier d'affaires. C'est aussi l'un des sujets les plus testés en entretien en M&A — et l'un de ceux où les candidats trébuchent le plus souvent. Qu'est-ce que la valorisation d'une entreprise ? La valorisation d'une entreprise (ou évaluation d'entreprise) consiste à estimer sa valeur économique à un instant donné, en s'appuyant sur des données financières, des hypothèses de marché et des méthodes d'analyse spécifiques. En Corporate Finance, cette estimation repose principalement sur trois grandes approches — les comparables boursiers, les transactions précédentes et le DCF — auxquelles s'ajoutent des méthodes complémentaires comme le LBO, les méthodes patrimoniales ou l'analyse du cours de bourse. Un point essentiel à comprendre dès maintenant : la valorisation n'est pas un prix. Elle produit une fourchette de valeurs que le banquier M&A synthétise dans ce qu'on appelle un « football field » (un graphique en barres horizontales superposées). Le prix final d'une acquisition dépend ensuite de la négociation entre les parties, du contexte de marché et de la dynamique concurrentielle entre les acquéreurs potentiels. Autre distinction fondamentale : quand on parle de « valeur » en M&A, on distingue toujours l'Enterprise Value (la valeur de l'ensemble de l'entreprise, indépendamment de sa structure de financement) de l'Equity Value (la valeur revenant aux actionnaires). Le passage de l'une à l'autre s'appelle le Bridge — un concept que les recruteurs adorent tester en entretien et que nous détaillons dans notre cours dédié sur la plateforme. Dans cet article, nous passons en revue chacune des principales méthodes de valorisation, leur logique, leurs étapes et leurs cas d'usage. L'objectif : que vous soyez capable de les expliquer clairement en entretien et de comprendre comment elles s'articulent dans un mandat M&A réel. Pourquoi valoriser une entreprise ? La valorisation intervient dans de nombreuses situations en Corporate Finance. Voici les principaux contextes dans lesquels un banquier d'affaires est amené à valoriser une entreprise. Dans le cadre d'un mandat de cession (sell-side). Quand une entreprise ou un actionnaire souhaite vendre, la banque d'affaires mandatée réalise une valorisation pour définir un prix plancher acceptable et construire les documents marketing (notamment le « teaser » et l'« Information Memorandum »). La valorisation sert ici de point d'ancrage dans la négociation avec les acquéreurs potentiels. Dans le cadre d'un mandat d'acquisition (buy-side). Côté acquéreur, la valorisation permet de déterminer le prix maximum qu'il est prêt à payer. Le banquier M&A modélise différents scénarios pour estimer si le prix demandé par le vendeur est cohérent avec la valeur fondamentale de la cible et les synergies anticipées. Pendant la phase d'origination (pitch). Avant même d'être mandaté, le banquier M&A prépare des pitchbooks dans lesquels il inclut une valorisation préliminaire de la cible. L'objectif : convaincre le client (vendeur ou acquéreur) que la banque maîtrise le dossier et proposer une fourchette de prix crédible pour décrocher le mandat. Pour une fairness opinion. Lors d'une opération significative (offre publique, fusion entre égaux, opération avec un actionnaire majoritaire), une banque indépendante peut être mandatée pour émettre un avis sur le caractère équitable du prix proposé. Cet exercice repose entièrement sur la valorisation. Lors d'une levée de fonds. Pour les startups et les entreprises en croissance, la valorisation détermine la valorisation pré-money (avant l'entrée de l'investisseur) et donc le pourcentage du capital cédé aux nouveaux actionnaires. Plus la valorisation pré-money est élevée, moins les fondateurs sont dilués. Nous détaillons les spécificités de la valorisation des startups dans un article dédié. Et en entretien ? Les recruteurs en M&A testent la valorisation de manière systématique, et ce pour une raison simple : c'est le cœur du métier. Un candidat qui ne sait pas expliquer la différence entre un DCF et des comparables, ou qui ne comprend pas pourquoi les transactions précédentes donnent généralement une valorisation plus élevée que les comparables boursiers (à cause de la prime de contrôle), aura du mal à convaincre en entretien. C'est pourquoi maîtriser ces méthodes — pas seulement les connaître, mais comprendre leur logique — est indispensable pour quiconque veut décrocher un stage en M&A ou en Corporate Finance. Les trois méthodes de valorisation traditionnelles Les trois principales méthodes de valorisation sont les comparables boursiers, les transactions comparables et le DCF. Les deux premières (comparables boursiers et transactions précédentes) sont des méthodes analogiques. La troisième (DCF) est une méthode intrinsèque. Les méthodes analogiques Les méthodes analogiques reposent sur la comparaison de la cible avec des sociétés analogues, qu’on appelle des comparables. Dans le cas des comparables boursiers (« trading comparables » en anglais), les sociétés analogues sont des entreprises cotées en bourse. Et le point de comparaison est le cours de bourse des entreprises comparables Dans le cas des transactions précédentes ( « precedent transactions » en anglais), les sociétés analogues sont des entreprises qui ont fait l’objet d’une acquisition dans une période relativement récente. Et le point de comparaison est le prix par action offert par l’acquéreur pour racheter l’entreprise Le fondement des deux méthodes analogiques réside donc dans la capacité du banquier à extérioriser un prix pour chaque entreprise comparable (cours de bourse ou prix par action offert par l’acquéreur), calculer des multiples de valorisation à partir de ce prix et appliquer ces multiples à la cible qu’il cherche à valoriser. Ce travail repose sur trois grandes étapes, qui sont d’ailleurs communes aux deux méthodes analogiques : Etape 1 : Sélectionner un échantillon d’entreprises comparables Cette sélection se base sur l’application de plusieurs critères de sélection. Ces critères sont très précisément décrits dans le cours dédié aux méthodes de valorisation sur la plateforme Training You. Evidemment, ce qu’on peut déjà dire à ce stade, c’est que ces entreprises comparables sont nécessairement cotées en bourse pour la méthode des comparables boursiers et ont fait l’objet d’une acquisition pour les comparables transactionnels. En effet, dans les deux cas, le banquier M&A peut extérioriser un prix et construire à partir de ce prix une analyse comparative Etape 2 : Calculer des multiples Une fois l’échantillon d’entreprises comparables construit, le banquier M&A calcule des multiples. Les multiples permettent de rapporter une valeur absolue (Enterprise Value, Equity Value) à un agrégat comptable de l’entreprise (chiffre d’affaires, EBITDA, résultat net, etc.). Par exemple, le multiple le plus couramment utilisé pour les méthodes analogiques est EV/EBITDA. Pour obtenir une revue de l’ensemble des multiples utilisables et comprendre comment les calculer pour chaque méthode, nous vous renvoyons encore une fois à notre cours de valorisation Etape 3 : Appliquer une moyenne ou médiane des multiples à la cible Après avoir calculé des multiples pour chacune des entreprises comparables, le banquier applique leur moyenne ou médiane à l’agrégat pertinent de la cible. Par exemple, si la médiane des multiples EV/EBITDA ressort à 10 fois et que l’EBITDA de la cible est de 150 millions d’euros, l’EV de la cible s’élèvera avec 1,5 milliards d’euros La méthode intrinsèque du DCF La méthode intrinsèque du DCF (« Discounted Cash Flows » en anglais) considère que la valeur de l’entreprise correspond à la valeur présente de l’ensemble des flux de trésorerie disponibles (« Free Cash Flows » en anglais) qu’elle génèrera à l’avenir. Cette méthode s'appele « intrinsèque » car elle se base principalement sur les performances de la cible elle-même et non sur des entreprises comparables. Le fondement de la méthode du DCF réside dans l’actualisation de ses flux de trésorerie disponibles. Ce travail repose sur trois étapes : Etape 1 : Calculer les flux de trésorerie disponibles sur un horizon explicitement défini Ce calcul s’appuie essentiellement sur le Business Plan de l’entreprise sur les prochaines années (généralement entre 5 et 7 ans, mais c’est variable). Pour savoir comment calculer les flux de trésorerie disponibles et comprendre la logique financière derrière chacun des éléments de la formule de calcul, vous pouvez visionner la section réservée au DCF dans notre cours de valorisation Etape 2 : Actualiser les flux de trésorerie disponibles Une fois les flux de trésorerie disponibles calculés, le banquier M&A doit les actualiser. En effet, la théorie de la « valeur temps de l’argent » nous apprend qu’un euro demain ne vaut pas tout à fait le même euro aujourd’hui. Puisque le détenteur de cet euro peut le placer à un taux d’intérêt et gagner un petit surplus lié à la rémunération de son placement dans le temps. C’est le principe même de l’épargne. Par conséquent, si le « Free Cash Flow » de l’année 3 (donc celui dans 3 ans) s’élève à 50 millions d’euros, sa valeur présente sera inférieure. Mais de combien ? En réalité, l’actualisation dépend de la probabilité de recevoir effectivement ces 50 millions d’euros dans 3 ans, et donc inversement du risque de ne pas les toucher... Ce risque est capturé par un taux d’actualisation : le WACC (« Weighted Average Cost of Capital ») en anglais ou le CMPC (« Coût Moyen Pondéré du Capital ») en français. Concrètement, le banquier actualise chaque « Free Cash Flow » à l’aide de ce taux, qui représente par ailleurs le coût global du financement pour l’entreprise. Plus l’entreprise est « risquée », plus ses flux futurs sont incertains et plus le taux d’actualisation sera élevé. Cela réduira mécaniquement la valeur présente des flux futurs et donc la valorisation obtenue avec le DCF. Les détails de ce mécanisme d’actualisation sont parfaitement explicités dans le cours de valorisation sur la plateforme Etape 3 : Calculer la valeur terminale La somme des flux de trésorerie disponibles actualisés sur l’horizon explicite correspond à la valeur de l’entreprise pendant cette période. Or, l’entreprise ne vas pas disparaitre après. Le banquier M&A doit donc calculer la valeur présente de l’ensemble des « Free Cash Flows » au-delà de cette période, et ce jusqu’à l’infini. C’est précisément l’objectif de la valeur terminale. Cette valeur se calcule de deux manières : Gordon-Shapiro ou les multiples. Chacune d’entre elle est détaillée dans notre cours de valorisation Les autres méthodes de valorisation Les méthodes traditionnelles sont les plus souvent utilisées. Mais au-delà de ces trois méthodes, le banquier M&A détient d’autres cordes à son arc de valorisation. Passons en revue rapidement quelques méthodes additionnelles pouvant être utilisées pour valoriser une entreprise. Les méthodes de valorisation des sociétés cotées D’abord, deux méthodes s’appliquent uniquement aux sociétés cotées en bourse car elles reposent sur l’analyse de l’évolution du cours de bourse sur une période récente. La méthode du « Share Price » Cette méthode consiste à calculer la moyenne du cours de bourse de la cible sur une période récente (3 mois, 6 mois, 12 mois) et s’en servir comme référence pour en déduire sa valeur. Elle est certes assez simpliste, mais donne une idée très précise du prix payé concrètement par des investisseurs pour acheter une action de l’entreprise. Par conséquent, elle est une référence pertinente pour obtenir une idée de combien elle vaut. Le banquier M&A doit néanmoins faire attention aux variations du cours de bourse qui seraient liées non pas à l’évolution de la valeur fondamentale de la société, mais davantage à un choc externe. Par exemple, si un acquéreur annonce son intention de lancer une offre publique (OPA ou OPE) sur la société, alors il est plus que probable que son cours de bourse grimpe de manière rapide par simple réaction à cette information. C’était par exemple le cas du cours de M6 début 2021 quand RTL Group a confirmé une potentielle cession de la chaîne La méthode du « Target Price » Cette méthode repose sur l’opinion des brokers qui suivent la société. Dans leurs notes de recherche (appelée aussi notes de brokers et disponibles à travers des bases de données payantes comme Bloomberg ou Refinitiv), ils indiquent un cours de bourse cible pour l’entreprise, basé sur leur prévision concernant l’évolution du cours de bourse dans les prochaines semaines. Si le cours prévisionnel est supérieur au cours de bourse actuel, ils recommandent aux investisseurs d’acheter le titre. Dans le cas contraire, ils conseillent de le céder. De la même manière que pour la méthode du « Share Price », le banquier M&A doit cependant faire attention aux dates de publications de ces notes. Car des prévisions antérieures à un évènement impactant pour l’entreprise (ex : publication de ses résultats, acquisition d’une entreprise, cession d’une filiale, changement du CEO) seront vite obsolètes La méthode LBO Ensuite, la méthode LBO s'utilise pour valoriser une entreprise qui est sur le point de faire l’objet d’un LBO, autrement dit une opération à effet de levier (avec un financement significatif en dette) par un fonds de Private Equity. Concrètement, la méthode LBO permet de répondre à la question suivante : quel montant le fonds de Private Equity peut-il injecter en Equity pour faire le LBO, étant donné ses différentes contraintes de financement (levier financier), opérationnelles (Business Plan de la cible) et financières (TRI exigé par les LPs) ? Pour comprendre les différentes étapes de la méthode et avoir un exemple chiffré, nous vous conseillons de visionner la partie dédiée à la méthode LBO dans notre de valorisation sur la plateforme. Les méthodes patrimoniales Enfin, les méthodes patrimoniales reviennent à évaluer chaque élément de l’actif et du passif exigible de l’entreprise puis à en déduire la valeur de son actif net. Cette actif net s’obtient en calculant la différence entre la somme des actifs diminué du passif exigible. Dans cet exercice particulièrement difficile, le banquier M&A doit réévaluer chaque élément du bilan de l’entreprise en partant de sa valeur comptable, en fonction de ses propres hypothèses et de la santé financière de l’entreprise. C’est ce qu’on appelle faire un ANR ou Actif Net Réévalué. En général, ces méthodes s'utilisent dans des situations spéciales comme une restructuration. Pour conclure, les méthodes de valorisations sont des notions à absolument connaitre si vous souhaitez faire un stage en M&A ou Corporate Finance. Les recruteurs testent les candidats presque systématiquement sur ces méthodes. Alors donnez-vous toutes les chances de bien maitriser la valorisation avec les cours et cas pratiques que nous proposons pour vous préparer aux entretiens. Vous souhaitez en savoir plus sur les méthodes de valorisation et les autres concepts financiers ? Pour vous aider, Training You est la 1ère plateforme de préparation en ligne aux entretiens en Corporate Finance. Fondée par deux anciens banquiers de Lazard, elle regroupe tout ce que vous devez connaitre pour réussir les process de recrutement en M&A, Private Equity et autres métiers en Corporate Finance : questions de fit, questions techniques, exercices et cas pratiques, tests d’entraînement, fiches sur les banques et les fonds d’investissement, podcasts avec des professionnels du secteur. 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Par Guillaume Pommier
10 min de lecture